Philippe Montazeau, l'homme archives
Interview complète réalisée par Didier Darrigrand
Rencontrer Philippe Montazeau, c’est comme entrer au rayon histoire locale d’une bibliothèque municipale. Ce tout juste nonagénaire est une encyclopédie. Il y a ce qu’il a vécu lui, et ce dont il se souvient de ses parents et grands-parents. Né rue Raffinière, en 1934, sixième d’une fratrie de neuf, Philippe Montazeau n’a jamais vraiment quitté Melle. Derrière les anecdotes, pointent quelques pans de l’histoire de la ville.
L’Enfance…
« Mes premiers souvenirs remontent aux années 1938 et 1939. On allait se promener dans les rues. La famille du côté de ma mère, les Bouquet, et du coté de mon père, les Montazeau, ont toujours été melloises. Mon père avait fait des recherches, en remontant jusqu’à Louis IX. Ma famille était catholique, l’un de mes ancêtres s’occupait de l’église Saint-Hilaire en tant que financier et organisateur. »
L’occupation…
« Je me souviens de l’arrivée des Allemands, j’avais 6 ans. Un side-car s’est arrêté devant chez nous. Je me souviens aussi de la place Bujault, remplie d’automitrailleuses et de camions. Il y avait aussi des baraquements en bois qui servaient de dépôt de matériels. L’était major était dans la grande maison face au kiosque. Il y avait une guérite avec une sentinelle. J’avais des copains qui étaient voisins de cette maison et on rigolait avec la sentinelle. Il nous montrait comment fonctionnait un fusil. Il y avait un camion plein d’essence. La sentinelle donnait des petites bouteilles d’essence pour allumer les briquets. Il y avait à la fois des gens biens et d’autres qui souffraient en Allemagne. A l’époque, beaucoup croyaient que Pétain trouverait des solutions pour avoir la paix, il n’a pas réussi. »
L’imprimerie paternelle…
« En 1836, mon arrière grand-père était apprenti. Il a pris la succession de son patron. Il y a eu ensuite mon grand-père, puis mon père. Ça a cessé à ma génération, aucun de nous n’a repris la librairie imprimerie. A l’époque, il n’y avait pas de photocopieuse, ils imprimaient surtout des menus et le journal mellois. Ils étaient aussi éditeurs de cartes postales. L’imprimerie était à l’arrière de l’actuelle boutique de la Croix Rouge, avec une sortie côté halles. Dans le journal de Melle, il y avait un peu d’actualité nationale et des infos locales. Il fonctionnait sur abonnement. Il fallait faire des dépôts à la sous-préfecture. Il avait été créé par Charles Moreau. Je me souviens d’avoir circulé entre les machines. Je me souviens aussi que le journal sortait le vendredi. »
Melle aujourd’hui…
« Je me souviens d’un centre ville beaucoup plus fourni. Il y avait beaucoup d’épiceries, mais aussi des cordonniers et des marchands de tissu et vêtements. Beaucoup de commerces ont disparu et on voit bien que les étages gardent les volets fermés. Les jours de marché, il y a plus de monde dans les supermarchés qu’au marché de la ville. Avant, tout le monde se connaissait. Aujourd’hui je vois moins de jeunesse dans les rues. »
Les mines…
« C’était un peu notre école buissonnière. Nos deux sorties étaient les mines et l’étang derrière les usines. Les mines, on y entrait avec une bougie et des allumettes. On y passait l’après-midi et on se faisait engueuler en rentrant à la maison. A l’époque elles étaient abandonnées. C’est Jean Bellot qui a initié l’exploitation touristique. Quand je suis revenu ici, une fois à la retraite, il m’a demandé d’être trésorier de l’association, j’y suis encore. La carrière de Loubeau était en exploitation, on n’y allait pas. Elle servait aussi à la préparation militaire, pour le maniement d’armes. »
Piscine, salle des fêtes et kiosque…
« Je me souviens bien de la construction de la piscine, avec des explosifs. Elle avait été décidée par le club de natation. J’ai vu aussi la construction de la salle des fêtes, en 1947, avec les pierres de la prison de l’église Saint-Savinien, qui avait été démolie. Je me souviens de la prison et de quelques familles espagnoles, on jouait avec les enfants. Le kiosque existait déjà et on y écoutait des musiciens. Certains disaient qu’en mettant du grillage, on aurait pu en faire un poulailler ! »